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Lettre France-Asie n74

par Webmaster 17/07/2017

Les nouvelles « routes de la soie »

Lancé en 2013 par le Président Xi Jinping, le concept est aussi appelé OBOR : One Belt, One Road. Le concept est encore assez flou et la réalisation complexe, mais sur le plan symbolique, c’est un succès garanti, tant le simple nom charrie, d’est en ouest toute une mythologie. Pour y voir plus clair, Pékin a accueilli les 14 et 15 mai un forum sur le sujet où les autorités chinoises avaient invité une soixantaine de pays. Plus de vingt Chefs d’Etats étaient présents ainsi que le Secrétaire général de l’ONU et la Directrice générale du FMI. Il semble que ce Forum va être pérennisé. Cette ambitieuse stratégie, cette mondialisation à la chinoise, prévoit jusqu’en 2050 des centaines de milliards de dollars d’investissements dans des routes, des chemins de fer, des ports ou des bases logistiques (30 milliards auraient déjà été investis). Le tout organisant un maillage terrestre et maritime de l’Extrême-Orient à l’Europe occidentale en passant par l’Asie du Sud et la pointe de l’Afrique de l’est. Si l’intérêt pour l’influence de la Chine est clair, la rationalité économique des projets est beaucoup moins évidente. C’est un projet morcelé, plus de cent accords de transports différents ont été passés avec l’Asie centrale, complexe sur le plan technique (les écartements de voies ferrées ne sont pas les mêmes selon les pays), mais le concept est formidable et suscite l’intérêt des pays concernés car la Chine est prête à déverser des milliards. Le Président chinois en a annoncé plus de 120. En effet le projet est plus motivé par les impératifs géopolitiques que par des intérêts purement commerciaux. Il peut même se révéler un danger pour les pays vulnérables, comme le Laos où une voie de chemin de fer labellisée OBOR est estimée à sept milliards de dollars, plus de la moitié du PIB de ce pays parmi les plus pauvres du monde. Que dire des projets du corridor économique sino-pakistanais censé permettre à la Chine d’avoir un accès à l’Océan indien où des milliers de soldats pakistanais sont mobilisés pour assurer la sécurité des travailleurs chinois ? Les problèmes de sécurité pour les Chinois deviennent d’ailleurs de plus en plus importants : 100000 soldats chinois ont été envoyés au Pakistan et à Djibouti. Beaucoup de ces grands travaux menés à perte aujourd’hui auront peut-être un fort impact dans cinquante ans. Quoi qu’il en soit, la manne financière chinoise dispose d’un boulevard pour investir, la BAD chiffre en effet à 1500 milliards de dollars par an les besoins en infrastructure de l’Asie émergente jusqu’en 2030. Ce projet a des conséquences jusqu’en Europe. Peut-être positives un jour sur le plan commercial pour les grands pays comme l’Allemagne, la France et l’Espagne, OBOR peut avoir des implications plus ambigües en Grèce, dans les Balkans et dans les pays d’Europe de l’est. De gros investissements portuaires ou ferroviaires sont prévus dans ces pays. Le Port du Pirée à Athènes est déjà chinois. Cela peut avoir des conséquences déstabilisatrices pour l’Union Européenne. En effet, ces pays plus faibles ou plus récents veilleront à ne pas indisposer leur bailleur de fonds chinois. Ainsi, pour la première fois lors de la réunion de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève, le 20 juin, l’Union Européenne n’a pu produire un communiqué concernant la Chine car la Grèce s’y est opposée. Il sera difficile à l’UE de s’opposer aux investissements chinois tant les intérêts des 27 sont divergents, et ce même pour les secteurs stratégiques (le Président Emmanuel Macron s’en est rendu compte lors du dernier Conseil européen). La seule solution serait que l’Europe qui est la première puissance économique du monde, règle définitivement le problème de la Grèce puis prenne, elle aussi, une initiative de plusieurs centaines de milliards d’euros, destinée à l’Afrique, à la Russie, à l’Asie et à l’Océan indien. Le concept pourrait, lui, s’appeler « le grand triangle ». Accord commercial surprise entre la Chine et les USA Le déficit commercial des USA avec la Chine est colossal. Il s’est monté à 347 milliards de dollars en 2016 et représente près de 60% du déficit total américain. Donald Trump n’avait cessé de fustiger la Chine pendant sa campagne électorale. Pourtant, un mois après la rencontre entre les Présidents Trump et Xi à Mar-a-lago en Floride, Washington et Pékin ont réussi à lever des obstacles qui empoisonnaient leurs relations commerciales. Le 12 mai, les deux pays ont annoncé un accord surprise qui prévoit l’ouverture des frontières chinoises aux exportations américaines de bœuf et de gaz naturel. Les fournisseurs de moyens de paiement électronique (Visa et Master Card), les biotechnologies et les OGM seraient aussi concernés. En sens inverse, les USA ont levé les barrières à l’importation des volailles chinoises et se disent prêts à accepter plus d’investissements directs chinois. Pour la viande de bœuf américaine, c’est un marché potentiel de 2,5 milliards de dollars qui devrait s’ouvrir. Mais de nombreux autres sujets de tension existent entre les deux pays, notamment en mer de Chine.

Envol du C919

Le C919, le plus gros avion de ligne jamais construit en Chine, a réussi le 5 mai son vol inaugural. C’est l’équivalent chinois de l’Airbus A320 et du Boeing 737. Cet appareil moyen courrier doit entrer en service d’ici 2020 sur des lignes intérieures. Le C919 aurait déjà 570 commandes de compagnies chinoises. Avec cet avion, la Chine pourra commencer à rivaliser avec Airbus et Boeing mais restera dépendante des équipementiers occidentaux notamment pour les réacteurs.

Deuxième porte-avions

Le 26 avril, la Chine a mis à flot et inauguré son deuxième porte-avions. C’est le premier entièrement conçu et fabriqué sur son territoire. Elle ne disposait jusqu’ici que d’un seul porte-avions, acheté inachevé à l’Ukraine en 1998, dont la coque avait été produite dans l’exURSS, et qui s’était retrouvé en Chine après un périple rocambolesque digne de James Bond. La Chine s’est aussi lancée dans la réalisation de bateaux qui seront capables à l’avenir de ravitailler et protéger ses porteavions. En 2016, dix-huit nouveaux navires ont été mis en service, dont des frégates lance-missiles. Ce deuxième porte-avions est à propulsion diesel, sa piste de décollage est courte et n’a pas de système de catapultage pour les avions. Malgré l’écart avec les USA qui dispose de dix porte-avions et de 600 bases militaires à l’étranger dans une cinquantaine de pays, la Chine par contre approfondit le fossé avec ses voisins du Sud-est asiatique sur fond de tensions internationales.

L’agence Moody’s dégrade la Chine
Fin mai, l’agence de notation américaine Moody’s a baissé la note de la dette chinoise qui a dépassé les 260% du PIB fin 2016. Même si le risque imminent d’une crise financière systémique ne semble pas d’actualité, ces chiffres sont quand même inquiétants. L’endettement chinois a bondi à plus de 260% du PIB contre 160% à la fin de 2008. Une gigantesque bulle financière gonflée par les plans de relance successifs mis en place par le régime pour soutenir l’économie face au ralentissement brutal de la croissance depuis quelques années. En avril le FMI avait déjà tiré le signal d’alarme. Moody’s estime que la croissance chinoise pourra laisser au régime le temps de s’adapter. Pékin prévoit 6,5% de croissance, mais Moody’s prévoit qu’avec le vieillissement de la population, la baisse des investissements et de la productivité, il serait plutôt de 5% dans les cinq ans à venir. Pékin a bien sûr protesté contre la décision du déclassement de Moody’s.

Libération du Prix Nobel Liu Xiaobo
Le Prix Nobel de la Paix 2010 Liu Xiaobo incarcéré depuis 2009 a bénéficié d’une mesure de liberté conditionnelle pour raisons médicales. Le dissident chinois âgé de 61 ans souffre d’un cancer du foie. Les USA et la France ont demandé qu’il puisse être soigné à l’étranger. Pékin propose plutôt à des spécialistes étrangers de venir le soigner en Chine.

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