Bookmark and Share

Lettre France-Asie n57 Corée du Nord

par Webmaster 1/04/2013

Visites d’Eric Schmidt (le patron de Google) et de Dennis Rodman (basketteur vedette des Chicago Bulls)

Eric Schmidt, le Président exécutif de Google, s’est rendu à Pyong Yang du 7 au 11 janvier en compagnie de Bill Richardson, l’ancien gouverneur du Nouveau Mexique, officiellement pour « raison humanitaire ». Il faut cependant savoir que la Corée du Nord mène depuis quelques années une discrète révolution numérique. Le groupe égyptien Orascomya a mis en place depuis 2008 un réseau de téléphonie mobile 3G qui avait fin 2012 un million d’abonnés. La RPDC dispose d’un système d’exploitation (Etoile Rouge) basé sur le système libre GNN/linux de son réseau intranet baptisé Kwanginyong et de sites officiels sur Internet. Nous avons pu nous rendre compte nous-mêmes que déjà en 2009, les universités, les adminis-trations, les entreprises commençaient à être connectées par un réseau de fibres optiques qui irriguaient les grandes villes. Cela est maintenant généralisé. Le régime a aussi mis l’accent sur la formation intensive de programmateurs. Les universités spécialisées en technologie ont des programmes d’échanges avec des établissements chinois et américains. Le niveau des informaticiens est comparable à celui des pays avancés.
Dennis Rodman, accompagné de trois membres des Harlem Globe-trotters et d’un groupe de la société Vice spécialisée dans les documentaires, s’est rendu à Pyong Yang du 26 février au 5 mars. Les hauts dirigeants nord-coréens sont amateurs de sport et de basket en particulier. Il y a plusieurs années nous étions nous-mêmes assis à côté de Mohamed Ali (ex Cassius Clay) dans le stade du 1er mai de Pyong Yang. Madeleine Albright, secrétaire d’Etat de Bill Clinton en visite à Pyong Yang en 2000, avait offert à Kim Jong Il un ballon de basket signé par Michael Jordan. On peut voir ce ballon dans le musée des cadeaux dans les montagnes au nord de Pyong Yang.
Il n’est pas inintéressant de noter qu’au plus fort des tensions officielles entre les USA et la Corée du Nord, des canaux de communication non traditionnels existent entre les deux pays.

Troisième essai nucléaire

La Corée du nord a procédé mardi 12 février à son troisième essai nucléaire (après 2006 et 2009)
Le Conseil de Sécurité s’est réuni en urgence le jour même. Le Secrétaire Général Ban Ki-moon a condamné cet essai et le Président Obama a appelé à une réaction internationale rapide.
Le 7 mars, le Conseil de Sécurité a adopté à l’unanimité plusieurs nouvelles sanctions dans une résolution sous chapitre VII, c’est-à-dire un texte de valeur juridique contraignante. La Chine et la Russie l’ont voté. Le texte prévoit de geler les transactions financières, l’expulsion de sociétés soupçonnées, la surveillance du personnel diplomatique nord-coréen pour réprimer le transport d’argent liquide, les navires et avions pourront être inspectés, l’exportation de certains produits de luxe est interdite en Corée du Nord.
Parallèlement les USA et la Corée du Sud ont entamé le 1er mars leurs manœuvres militaires annuelles.

Escalade de la tension

Réagissant à ces nouvelles sanctions, Pyong Yang s’est lancé dans une surenchère de menaces verbales et médiatiques : abrogation de l’accord bilatéral de non-agression conclu en 1991, coupure du téléphone rouge installé à Pyong Yang en zone démilitarisée, renoncement à l’armistice ayant mis fin à la guerre de Corée (1950-1953), menace de frappes préventives nucléaires contre les USA et la Corée du Sud, cyber-attaques contre les télévisions et banques de Corée du Sud, fermeture de la zone d’économie spéciale de Kaesong, déplacement de missiles vers la côte Est, pointés sur Guam, envoi d’un Mig 21 jusqu’à la limite de l’espace aérien du Sud, etc…
Face à ces menaces, Washington a décidé de renforcer la défense anti-missiles des USA, d’envoyer des B52 et deux bombardiers furtifs B2 faire l’aller et retour du Missouri jusqu’en Corée du Sud où ils ont largué des munitions factices, de poursuivre des manœuvres Fool Eagle avec la Corée du Sud qui mobilise 40000 soldats. Parallèlement, le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU a approuvé le 21 mars à Genève l’ouverture d’une commission d’enquête sur la Corée du Nord.
Le niveau de violence des messages est élevé mais tout cela n’est pas nouveau. France-Asie qui suit ce dossier depuis longtemps sait que des faits plus graves ont déjà eu lieu dans le passé, suivis de phases de négociations. Mais le danger est celui d’un incident, d’un dérapage entraînant un engrenage mortel. Il faut arrêter cela. Seuls les USA peuvent le faire. France-Asie n’approuve pas toutes les actions de Pyong Yang mais rappelle qu’à l’origine de tout cela, il y a la volonté de la Corée du Nord d’assurer sa sécurité et de négocier avec Washington. Bill Clinton l’avait compris, qui était à deux doigts de signer un accord. Puis Georges Bush a mis la Corée du Nord sur un « axe du mal » avec l’Iran et l’Irak, d’où l’accélération du programme nucléaire et balistique par Pyong Yang. Ensuite, Barak Obama ne s’est pas occupé de ce dossier, pensant que la Chine calmerait son allié. Résultat, ni la « confrontation » de Bush, ni la « patience stratégique » d’Obama n’ont eu le résultat escompté. Au contraire, la Corée du Nord a énormément progressé dans son programme nucléaire et balistique. Kim Jong Un est jeune et l’Occident et ses voisins devront faire avec lui pendant de nombreuses années.
Il faut donc changer la donne. Il faut que les USA fasse un geste et rassurent la Corée du Nord, pour que le dialogue reprenne. L’Union Européenne, très absente sur ce dossier et dans la région, devrait prendre une initiative de paix en liaison avec les USA. La France qui est le seul pays européen à ne pas avoir de relations diplomatiques avec Pyong Yang devrait aussi faire un geste.
Tout cela ne donnerait pas une « prime à l’outrance » comme disent certains, mais au contraire provoquerait une « rupture salutaire » dans le cycle infernal qui risque de déraper.

Poster un commentaire

France-Asie, Association Loi 1901, 12 rue ernest psichari 75007 Paris.
Copyright © Association France-Asie. All rights reserved. Mentions légales et crédits..