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Lettre de France-Asie n63 Chine

par Webmaster 15/10/2014

Situation dans le Xinjiang

Le cycle attentats–répression se poursuit dans le Xinjiang, région de Chine peuplée de Ouighours musulmans turcophones.
Début juillet, les autorités chinoises annoncent des mesures qui restreignent fortement les possibilités d’observer le jeûne du ramadan. Les Ouighours dénoncent une nouvelle atteinte à leur liberté de culte et à leurs traditions. Ces restrictions ont été annoncées à la veille de l’anniversaire des émeutes du 5 juillet 2009 à Urumchi ayant fait plus de 200 morts, 1600 blessés et ayant donné lieu à des centaines d’arrestations.
Le 28 juillet, des affrontements ont eu lieu dans le bourg d’Elishku, au sud de Kashgar. Ils auraient fait 20 morts parmi les Ouighours et une dizaine du côté des forces de l’ordre. Ce n’était rien par rapport aux émeutes de Yarkand le 4 août qui firent 96 morts et entraînèrent plus de 200 arrestations.
De Washington où elle réside, Rebiya Kadeir, ancienne députée ouighoure, dénonce la répression. Pékin de son côté assure détenir les preuves reliant le terrorisme ouighour à l’internationale djihadiste. Le 24 août, est annoncé l’exécution de huit terroristes ouighours dont trois qui avaient participé à l’attentat de Tian An Men le 28 octobre 2013.
Pour essayer de sortir de ce cycle, Pékin favorise les mariages mixtes Han– Ouïghours (ainsi que Han–Tibétains) en donnant 10000 yuans (soit 1200 euros) par an pendant cinq ans à tout couple mixte de jeunes mariés.

Toujours la lutte anticorruption

La lutte anticorruption frappe tous les secteurs : après le parti et l’administration, c’est l’appareil sécuritaire chinois qui est frappé avec le 29 juillet l’accusation officielle de corruption contre Zhou Yong Kang, ancien membre du comité permanent du bureau politique du PCC et chef de la sécurité. La purge massive se poursuit à la télévision chinoise. Cette campagne touche aussi les grandes firmes chinoises (comme Huawei) et étrangères (comme le groupe Glao Smith Klong, l’automobile, Microsoft, Danone, GSK…), mais aussi le groupe Haichong de Dalian ayant acheté 14 châteaux dans le Bordelais avec des subventions d’État… L’armée n’est pas épargnée avec l’arrestation du général Xu Caihou, ancien président de la Commission militaire.
En contrepoint de tout cela, la Chine apparaît comme la République Populaire de la corruption, quelques 300 000 personnes étant concernées par la grande campagne anticorruption en cours.
Sans que l’on puisse dire si ceci est lié à cela, un sondage de la banque Barclays révèle que près de la moitié (47 %) des Chinois les plus fortunés envisagent de partir vivre à l’étranger au cours des cinq prochaines années (contre 20 % des Britanniques, 6 % des Américains et 5 % des Indiens).
Pendant ce temps, au cœur de Pékin, près d’un million de travailleurs migrants, la « tribu des rats », vit dans les sous-sols de la capitale, alors qu’à Shanghai un milliardaire chinois, Liu Yiqian, a acheté un bol en céramique Ming pour 26 millions d’euros.

Economie

Après le fort recul des investissements étrangers en Chine en mai (-6,7 %), ces derniers ont repris, et en juillet, affichait 0,2 % de progression sur un an.
Pour atteindre son objectif d’environ 7,5 % de croissance du PIB en 2014, le gouvernement chinois a dû aller plus loin que son « mini » plan de relance et se relancer dans des investissements : construction de nouveaux quartiers, construction de 6600 km de lignes de chemin de fer, soit 1000 km de plus que l’an passé, abaissement de la fiscalité des PME, modification de la réglementation bancaire pour permettre plus de prêts… Il n’est pas sûr que cela suffise à atteindre l’objectif fixé.
Dans ce contexte global difficile, des réussites particulières sont à remarquer. D’ici la fin de l’année, trois des cinq premiers fabricants mondiaux de téléphones mobiles seront chinois (dont Xiaomi). Alibaba, le géant de l’Internet chinois, est parvenu à lever 25 milliards de dollars à Wall Street, un record historique pour une introduction en bourse.
La Chine veut s’affirmer à l’international dans le nucléaire, marché où se bousculent déjà les USA, la France, le Japon, la Russie et la Corée du Sud. Après la Grande-Bretagne, China National Nuclear Corporation a signé début septembre un accord avec l’Argentine pour le financement d’un réacteur (le quatrième).
Le conglomérat Fosum a surenchéri sur l’offre de l’Italien Andrea Bonomi pour le contrôle du Club Méditerranée.
Après Londres et Francfort, Pékin a signé un accord avec la Banque de France pour étendre l’internationalisation de sa monnaie. Le yuan n’est en effet utilisé que dans 1,5 % des échanges mondiaux contre 41 % pour le dollar et 32 % pour l’euro.
Pékin et Paris ont créé un fonds franco-chinois qui devrait être doté de 500 millions d’euros pour investir dans les entreprises de taille moyenne. BPI et China Development Bank devrait investir 100 millions chacune, le reste étant réuni par Cathay Capital, un fonds privé franco-chinois qui gérera ces montants.

Décès de Simon Leys

Simon Leys, le sinologue belge vivant en Australie, est décédé le 11 août 2014 à Canberra. À Hong Kong, il épluche de 1967 à 1969 la presse chinoise, et publie en 1971 le livre le plus percutant sur la révolution culturelle : « les habits neufs du président Mao » suivi par « ombres chinoises » en 1974 puis « essai sur la Chine » en 1998.
Né en 1935, de son vrai nom Pierre Ryckmans, il avait pris ce pseudonyme en s’inspirant du héros du roman de Victor Segalen, René Leys, paru en 1922.
Il écrivit aussi des romans (« la mort de Napoléon », 1986) et une anthologie sur la mer en 2003. Il fut élu en 1990 à l’Académie royale de Belgique. Il était passionné aussi par la peinture, la calligraphie et plus largement par la culture chinoise.

Présence de France Asie

Jean-Marie Cambacérès s’est rendu en Chine (Kunming, Pékin) du 30 juin au 4 juillet pour l’ESCE. A Kunming, il a rencontré notamment Yan Gang, directeur international de l’Université du Yunnan et à Pékin Zhang Xinmin, vice-président de l’UIBE. À Pékin, il a aussi rencontré les anciens élèves de l’ESCE.

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