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Beaucoup de membres de l’association France-Asie savent que Jean-Marie Cambacérès, son président-fondateur, a été dans le passé : maire, conseiller régional et député. Mais peu savent qu’après avoir fait l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale) il a été recruté comme colonel (au titre de l’article 9) et affecté au CDEF (Centre de doctrine et d’emploi des forces) à l’Ecole Militaire. A ce titre, il a effectué plusieurs missions en Asie, notamment en Mongolie, en Afghanistan et en Ouzbékistan.

Récemment, après avoir obtenu l’accord de l’amiral Bernard Rogel, chef d’état-major de la Marine et de Frédéric Daumas commandant du Prairial, et après avoir averti le général Pierre de Villiers chef d’état-major des armées et le général Jean-François Parlanti commandant du CDEF, Jean-Marie Cambacérès a embarqué pendant 17 jours sur la frégate de surveillance Prairial, dans la partie Asie du nord-est de sa mission avec des escales à Qingdao (Chine), Pusan (Corée du sud) et Ominato (Japon).

Le Prairial poursuit en ce moment même une longue et belle mission de quatre mois (de fin mars à fin juillet) dans l’Océan Pacifique et en Asie avec trois objectifs : la police des pêches, la coopération avec d’autres marines et le rayonnement de la France. Sa mission se terminera à Hawaï pour l’exercice Rimpac avec la Marine américaine, impliquant 23 pays dont la Chine pour la première fois.

Le Prairial (F731) est basé à Papeete (Tahiti, Polynésie Française). C’est un navire de 2600 tonneaux propulsé par 4 gros moteurs diesel et deux hélices. Il a son bord une centaine de marins (dont une douzaine de personnels féminins). Son armement est constitué notamment par 2 missiles mer-mer exocet, 1 canon de 100 mm, 2 canons de 20 mm, 2 mitrailleuses de 12,7 mm, et a à son bord un hélicoptère Alouette III.

Lors des escales, l’arrivée du Prairial est l’occasion d’affirmer le rayonnement de la France en invitant à bord à un grand cocktail les autorités civiles et navales du pays hôte, les autorités françaises diplomatiques, consulaires, militaires et économiques présentes localement, ainsi que des francophones du pays (étudiants, professeurs, interprètes ou autres). Par exemple, à Qingdao, S Ex Sylvie Bermann ambassadeur de France en Chine est venue spécialement de Pékin dans le Shandong pour l’escale du Prairial et était présente à bord lors du cocktail du 23 mai au soir. Après les sorties des ports d’escales, des exercices sont effectués avec les bâtiments accompagnateurs des pays hôtes avant de quitter les zones territoriales.

Jean-Marie Cambacérès a particulièrement exercé son action lors des activités organisées pour le rayonnement de la France pendant les escales. Il a beaucoup appris sur le fonctionnement du navire auprès du Commandant et des responsables des différents services du Prairial pendant les longues traversées. Il a pris des « quarts » à la passerelle à 4 heures du matin pour compléter son expérience. Enfin, il a assisté à tous les exercices (Passex ou Navres, Navigation en eau resserrée) avec les bâtiments accompagnateurs des pays hôtes (en général des destroyers), ainsi qu’aux exercices destinés au seul équipage du Prairial (Securex, homme à la mer ou autre Manavia).

Dès qu’il le pourra, Jean-Marie Cambacérès organisera pour les membres de France-Asie et pour ses étudiants de l’ESCE des conférences pour leur faire profiter de cette expérience et pour mieux leur expliquer le rôle important des missions des frégates de surveillance de la Marine française présentes sur tous les Océans, dont la mission particulièrement longue du Prairial dans le Pacifique cette année, rôle trop peu connu, pour ne pas dire inconnu des Français.

1) Qingdao et manœuvres avec le destroyer chinois le Shijiaquan.
Avec ses 9 millions d’habitants, Qingdao est le quatrième grand port chinois, poumon économique du Shandong (province de 96 millions d’habitants), la ville fut construite par les Allemands à la fin du XIX ème siècle. Mao Zedong avait pris l’habitude de venir s’y reposer dans la bâtisse qui était la demeure de l’ancien gouverneur général allemand de la ville. Qingdao est célèbre notamment pour la bière Tsingtao, la cathédrale St Michel (et sa chapelle dédiée à Sainte Thérèse de Lisieux) et plus récemment pour toutes ses installations balnéaires et nautiques qui lui ont permis d’accueillir les épreuves nautiques des jeux olympiques d’été de 2008.
Le Prairial a accosté au quai n°3 du port de Qingdao le 22 mai au matin. La grande réception que le Prairial donna à son bord, le 23 au soir, donna l’occasion à S Ex Sylvie Bermann ambassadeur de France en Chine. de venir spécialement de Pékin. Le lendemain la visite du Prairial fut ouverte à la population chinoise. Plus de 1500 personnes en 2 heures visitèrent le navire. Après l’appareillage le 26 au matin, des exercices en mer eurent lieu au large avec le destroyer Shijiaquan de la marine chinoise, parfois au milieu de nappes d’algues vertes Navres, scott ou morse lumineux, sémaphore à deux bras et Passex.

2) De Qingdao à Pusan.
Pendant ces premiers jours de traversée en Mer Jaune, la vie s’organise à bord, ponctuée par l’entretien de l’Alouette III et par de nombreux exercices notamment d’alerte incendie (Securex) et d’alerte pour un homme à la mer (Exhlm). Quand l’alerte d’un homme à la mer est lancée, chacun sait ce qu’il a à faire: le navire vire de bord, le zodiac est mis à la mer, l’équipe médicale se prépare, les plongeurs s’habillent et embarquent sur le zodiac… L’homme à la mer doit être ramené sur le pont en 8 mn.

3) Pusan et manœuvre en mer avec la frégate Pusan.
Dans un contexte coréen tendu suite au naufrage du ferry Sewol ayant entrainé la mort de plus de 300 personnes dont la plupart étaient des lycéens, le Prairial a cependant été très bien accueilli et a fait escale à Pusan. Avec ses près de 4 millions d’habitants, Pusan est le plus grand port de Corée du Sud et la deuxième agglomération urbaine après la capitale Séoul. Pendant l’escale, une partie de l’équipage s’est rendu au nord du pays, à Panmunjom, sur la DMZ (Demilitarized zone)entre la Corée du Nord et la Corée du sud. Jean-Marie Cambacérès qui s’est déjà rendu plusieurs fois dans le passé sur la DMZ, par le nordet par le sud, a préféré rester à Pusan et se rendre avec une autre délégation de l’équipage au cimetière de l’ONU, déposer une gerbe de fleurs et rendre hommage aux soldats français morts pour la guerre de Corée (1950-1953). Le cocktail à bord permis de réunir les autorités maritimes coréennes locales, des diplomates français, l’attaché militaire, des hommes d’affaires français et des personnalités francophones coréennes. Après l’appareillage le 31 au matin, le Prairial effectua quelques exercices de Navres avec le Pusan, puis un Visitex croisé pour confronter les méthodes des deux marines au contrôle d’un autre bâtiment lors d’une mission de police maritime.

4) De Pusan à Ominato.
L’équipage du Prairial s’apprête à une longue traversée de plusieurs jours en Mer du Japon (dénommée aussi mer de l’Est) de Pusan (Corée) à Ominato (Japon) au nord de l’île de Honshu. »Cap 4O, roulis 1 bâbord, tangage O », la mer est calme, plus plate que le lac de Genève. Ce sont des conditions idéales pour cette longue traversée. L’équipage se remet au travail avec un exercice Manavia (manœuvre aviation), profitant du beau temps. L’hélicoptère doit voler, le « chien jaune » rentre en action. La nuit suivante Jean-Marie Cambacérès prend le quart à la passerelle à 4 h du matin. RAS, si ce n’est un soleil rouge à l’horizon à l’aube. Quoi de plus normal puisqu’à la vitesse de 12 nœuds, le Prairial fait route vers le pays du soleil levant. L’officier de quart réveille le capitaine et lui donne les informations du matin, puis il réveille l’équipage en musique, différente tous les matins. Le beau temps ne dure pas, une purée de pois entoure le navire, visibilité zéro, et obligera le Prairial à naviguer à la corne de brune pendant un jour et une nuit. Le bateau avance sans aucune visibilité et émet plusieurs coups de sirène toutes les deux minutes pour prévenir toute autre embarcation de sa présence et de sa route. Ce n’est pas facile pour dormir la nuit.
Enfin après trois jours de mer, à la veille d’arriver dans la baie d’Ominato, le temps redevient très clair et, par une mer d’huile, l’équipage a pu voir 3 énormes cétacés croisant le Prairial à bâbord, impressionnant avec les jumelles. D’autres exercices peuvent avoir lieu, comme l’accostage sur un quai fictif composé de bouées. Un filet de pêcheur s’est pris dans les stabilisateurs. Le zodiaque et les plongeurs passent à l’action. Demain nous serons à Ominato, c’est la détente au carré des officiers.

5) Ominato
Le volcan d’Ominato est en vue. Au loin devant nous le destroyer japonais Suzunami qui va ouvrir la route au Prairial. Ominato petite ville avec son port militaire et son port de pêche, perdue au milieu de rizières et de forêts, accueillera le Prairial pour une escale exclusivement militaire et technique remplaçant Vladivostok, et avant l’escale de prestige à Tokyo. La marine japonaise accueillit très bien le Prairial, avec: réunions de travail, repas officiels, visite du destroyer Suzunami, mais aussi soirée amicale et visite du temple Osorezan. Le temple Osorezan se trouve derrière le volcan qui domine le port militaire. Bâti au bord du lac Usori, il est consacré au bodhisattva Jiso. Tout autour du temple des vapeurs et de l’eau bouillonnante sulfureuse sortent de terre. Malheureusement pour Jean-Marie Cambacérès, c’est l’heure du départ. Le 6 juin au matin, le Prairial appareille d’Ominato, pour Tokyo, puis 15 jours d’Océan Pacifique jusqu’à Hawaï. Pour Jean-Marie Cambacérès, ses 17 jours à bord du Prairial doivent s’arrêter là, il prendra un taxi pendant 2h30 jusqu’à Aomori pour trouver un aéroport, puis 2h de vol jusqu’à Tokyo et enfin 11h de vol jusqu’à Paris où il arrivera le 7 au matin. Pour l’heure, sur le pont arrière de l’hélicoptère, lors de l’appel général, il salue l’équipage, remercie le Commandant Daumas et les personnels de leur disponibilité et leur dit combien il a été heureux de participer en partie à cette grande mission du Prairial à travers le Pacifique et l’Asie du nord-est, et sera fier de dire dans l’avenir: »J’y étais ». Le commandant le raccompagne à terre, le Prairial appareille. La musique de la marine japonaise entame: « Ce n’est qu’un au revoir, mes frères ».

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